Les robots livreurs envahissent les trottoirs — et personne n'en parle
Les robots livreurs à six roues envahissent discrètement les trottoirs des villes américaines — et commencent à apparaître en Europe. Léo décrypte le phénomène : qui sont les acteurs (Starship, Serve Robotics), combien ça coûte, comment ça cohabite avec les piétons, et pourquoi la France n'a toujours pas de cadre réglementaire. Est-ce déjà utilisé ? Oui, des milliers de livraisons par jour.
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Plus de 7 millions de livraisons cumulées, opérations dans 20+ villes
Déploiement de 2000 unités supplémentaires en partenariat Uber Eats
Amazon a arrêté le programme Scout pour se concentrer sur d'autres leviers logistiques
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Des petits robots à six roues qui livrent votre café sur le trottoir. Des milliers de livraisons par jour, déjà, dans certaines villes américaines. Et en France ? Rien. Pas de cadre, pas de débat, pas un mot.
Bienvenue dans RoboScope, le journal audio de la robotique. Je suis Léo, et chaque semaine on fait le point ensemble sur ce qu'il se passe dans le monde des robots. Concret, accessible, sans blabla.
Cette semaine, on parle robots livreurs. Ceux qui roulent sur les trottoirs, en silence, pendant que personne ne fait attention. Au programme : les actus du secteur, qui déploie quoi, et surtout le décryptage — le modèle économique, la cohabitation avec les piétons, et la grande question réglementaire. C'est parti.
Allez, les actus de la semaine.
Première actu. Si vous êtes sur un campus américain ou dans certains quartiers de Los Angeles, Houston ou Austin, vous les avez probablement déjà croisés. Les robots de Starship Technologies et de Serve Robotics. Des petites boîtes blanches à six roues, pas plus hautes qu'un gros chien, qui roulent à environ six kilomètres-heure sur les trottoirs.
Et là, ce qui est nouveau, c'est l'échelle. On ne parle plus de pilotes avec trois robots dans un quartier. Serve Robotics a annoncé le déploiement de deux mille unités supplémentaires cette année, en partenariat avec Uber Eats. Deux mille. C'est massif.
Starship, de leur côté, a dépassé les sept millions de livraisons cumulées. Sept millions. Et ils opèrent maintenant dans plus de vingt villes, essentiellement aux États-Unis et au Royaume-Uni.
Le truc, c'est que tout ça se fait dans un silence médiatique assez étonnant. On parle beaucoup des humanoïdes, des voitures autonomes, mais les robots livreurs, eux, ils avancent. Discrètement. Et vite.
Deuxième actu, et c'est lié.
Vous vous souvenez peut-être d'Amazon Scout. C'était leur robot livreur, un petit machin bleu avec des roues. Amazon a arrêté le programme il y a quelques années. À l'époque, tout le monde s'est dit : bon, c'est pas viable, ça marche pas.
Sauf que la réalité, c'est qu'Amazon a arrêté Scout pour se concentrer sur d'autres leviers logistiques — les drones, les entrepôts robotisés — mais le marché du dernier kilomètre par robot au sol, lui, il a explosé. Avec d'autres acteurs.
Le segment last-mile delivery — la livraison du dernier kilomètre — c'est celui qui croît le plus vite dans la robotique de service. On parle de plus d'un milliard de dollars d'investissements cumulés sur les deux dernières années, rien que sur les robots de trottoir.
Et là, attention, ce qui est intéressant, c'est pas juste la techno. C'est que DoorDash aussi s'y met. Nuro continue. Il y a une vraie course entre cinq ou six acteurs pour occuper les trottoirs des grandes villes.
Et ça nous amène à la troisième actu, qui est peut-être la plus importante pour nous en Europe.
La réglementation. Parce que quand vous avez des centaines de robots sur vos trottoirs, il faut bien des règles. Le Royaume-Uni a commencé à encadrer ça. Ils ont défini des zones autorisées, des vitesses maximales, des obligations en matière d'assurance.
Aux États-Unis, c'est ville par ville. San Francisco a mis un cadre strict — nombre maximum de robots, zones interdites. Austin est beaucoup plus permissif. Et entre les deux, chaque ville fait un peu ce qu'elle veut.
Et la France dans tout ça ? Eh bien... rien. Pas de cadre réglementaire spécifique. Les robots de livraison ne rentrent pas vraiment dans les catégories existantes. C'est pas un véhicule, c'est pas un piéton, c'est pas un vélo. On est dans un flou total.
Vous voyez le truc ? D'un côté, la techno avance à toute vitesse. De l'autre, la réglementation n'existe même pas encore chez nous. C'est un schéma qu'on a déjà vu avec les trottinettes, et on sait comment ça a fini — dans le chaos avant qu'on mette de l'ordre.
Bon. Les actus, c'est posé. Maintenant on passe au décryptage, et on va creuser vraiment le sujet des robots livreurs. Parce qu'au-delà des chiffres, il y a des questions concrètes qui se posent.
Première question : est-ce que c'est rentable ? Parce que si c'est pas rentable, ça s'arrête, point.
Un robot livreur de trottoir, ça coûte entre trente et cinquante mille dollars à l'achat. C'est pas donné. Mais la question, c'est pas combien ça coûte aujourd'hui — c'est combien ça coûte par rapport à un livreur humain sur deux ou trois ans.
Et là, le calcul est assez simple. Un livreur à temps plein aux États-Unis, avec les charges, c'est entre quarante et soixante mille dollars par an. Un robot, une fois amorti, il coûte quelques dollars par jour en énergie et maintenance. Il roule seize heures par jour, il tombe pas malade, il prend pas de vacances.
Attention, je simplifie. Il y a les coûts de supervision — parce que oui, il y a encore des humains derrière. Un opérateur peut surveiller dix à vingt robots à distance. Il y a la maintenance, les mises à jour logicielles, les réparations. Mais même en comptant tout ça, le coût par livraison baisse de façon significative au-delà d'un certain volume.
C'est pour ça que tout le monde y va maintenant. Le modèle commence à tenir debout économiquement. C'est plus un pari, c'est un calcul.
Deuxième grande question, et celle-là elle est moins glamour mais elle est fondamentale.
La cohabitation avec les piétons. Imaginez. Vous êtes sur un trottoir, avec une poussette ou un fauteuil roulant. Le trottoir fait un mètre cinquante de large. Et un robot de livraison arrive en face. Vous faites quoi ?
C'est LA question que posent les associations de personnes à mobilité réduite. Et elles ont raison. Ces robots font cinquante, soixante centimètres de large. Sur un trottoir américain, ça passe — ils sont larges, souvent deux mètres ou plus. Mais sur un trottoir parisien de un mètre vingt ? C'est compliqué.
À San Francisco, ils ont limité le nombre de robots autorisés par quartier. Et ils ont interdit certaines zones — les zones très piétonnes, les abords d'écoles. C'est une approche pragmatique.
Mais le problème de fond, c'est que le trottoir, c'est pas un espace neutre. C'est un espace public partagé. Et le partager avec des machines commerciales, c'est un choix de société. C'est pas juste une question technique.
Et c'est marrant parce que personne n'en débat. On en a débattu pour les trottinettes. On en a débattu pour les terrasses de café. Mais les robots livreurs ? Silence radio.
Bon, la grande question maintenant. Est-ce que c'est déjà utilisé ?
La réponse est oui. Clairement oui. Aux États-Unis, c'est du quotidien dans certaines villes. Starship fait des milliers de livraisons par jour. Les campus universitaires, c'est leur terrain de jeu favori — et les étudiants adorent. Sur certains campus, plus de la moitié des commandes de nourriture passent par robot.
Au Royaume-Uni, Starship livre dans plusieurs villes depuis un bon moment. Milton Keynes, c'est quasiment leur vitrine européenne. Les habitants commandent leur repas, et un petit robot vient sonner à leur porte — enfin, leur envoyer une notif sur leur téléphone.
En Europe continentale, c'est beaucoup plus timide. Quelques pilotes en Finlande, en Estonie — c'est là que Starship a été fondé d'ailleurs. En Allemagne, il y a eu des expérimentations. Mais en France, à ce jour, rien de significatif.
Donc oui, c'est déjà utilisé. Mais pas partout. Et la question c'est : quand est-ce que ça arrive chez nous ? Et surtout, dans quelles conditions ?
Derniers points importants sur les limites, parce qu'il faut être honnête.
Ces robots ne sont pas totalement autonomes. Il y a toujours un humain derrière un écran qui peut prendre le contrôle si le robot est bloqué, s'il est face à une situation qu'il ne comprend pas. C'est un peu comme les voitures autonomes — le 'full autonomy', on y est pas encore.
Il y a aussi le vandalisme. Oui. Des gens qui renversent les robots, qui les volent, qui les bloquent pour rigoler. Ça arrive. Pas tant que ça en vrai, mais c'est un vrai sujet opérationnel.
Et les conditions météo. Neige, forte pluie, trottoirs inondés — les robots galèrent. C'est une vraie limitation dans les villes où il pleut huit mois par an.
Mais le point que je veux souligner, c'est que ces limites sont en train de se réduire. Chaque mois, les robots sont un peu meilleurs. Un peu plus fiables. Un peu plus autonomes. Et le jour où ils arrivent massivement en Europe, il faudra qu'on soit prêts. Qu'on ait réfléchi avant.
Et c'est ça le truc que personne n'en parle. C'est pas spectaculaire comme un humanoïde qui marche. Un petit robot blanc sur un trottoir, ça fait pas la une. Mais quand il y en aura cinq cents dans votre ville, là, ça fera débat. Et il sera peut-être trop tard pour poser les bonnes questions.
Allez, on conclut.
Ce que ça change, cette semaine. Les robots livreurs ne sont plus une expérimentation. C'est un marché en pleine accélération, avec des acteurs qui déploient à grande échelle, un modèle économique qui commence à fonctionner, et une course à la réglementation qui est très inégale selon les pays.
Ce qu'il faut retenir : oui, c'est déjà utilisé, massivement dans certaines villes américaines. Non, ce n'est pas encore en France. Et la vraie question, ce n'est pas 'est-ce que ça va arriver' — c'est 'dans quelles conditions on va l'accepter'.
Accessibilité, partage de l'espace public, emploi des livreurs, sécurité des données de géolocalisation... Il y a des tas de questions qu'on doit se poser maintenant, pas dans trois ans quand les robots seront déjà là.
Voilà pour cet épisode de RoboScope. Si ça vous a plu, partagez-le, ça nous aide beaucoup. Et si vous croisez un robot livreur dans la rue un jour, prenez-le en photo et envoyez-la-moi — ça veut dire que l'avenir est arrivé dans votre quartier.
Je suis Léo, c'était RoboScope, et on se retrouve la semaine prochaine pour les prochaines nouvelles du monde des robots. À très vite.
Ciao !